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Ménopause : LA prise de poids EST-ELLE inévitable ?

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    Laura de la Roche
  • il y a 35 minutes
  • 7 min de lecture
Ménopause : LA prise de poids EST-ELLE inévitable ?
Ménopause : LA prise de poids EST-ELLE inévitable ?

La ménopause est une étape physiologique incontournable dans la vie d'une femme, survenant généralement entre 48 et 52 ans. Elle s'accompagne fréquemment d'une modification de la composition corporelle que beaucoup vivent comme une prise de poids inéluctable. La réalité est plus nuancée : si la transition ménopausique crée un terrain métabolique défavorable, la prise de poids inexpliquée à cette période constitue un trouble à composantes multiples — génétiques, neuro-immuno-endocrines et environnementales. Comprendre ces mécanismes permet d'agir avec précision et bienveillance, bien au-delà du simple « manger moins, bouger plus ».


1. La ménopause entraîne-t-elle systématiquement une prise de poids ?


La réponse est non — du moins pas de façon inévitable et identique chez toutes les femmes.

Les études épidémiologiques montrent une prise de poids moyenne de 2 à 5 kg autour de la période de la ménopause (Sternfeld et al., 2014), mais cette donnée masque une grande variabilité interindividuelle.

Ce qui est en revanche quasi universel, c'est la redistribution des graisses : la graisse sous-cutanée (localisée sur les hanches et les cuisses) tend à migrer vers la région viscérale et abdominale. Cette modification de la morphologie peut survenir même sans variation significative du poids sur la balance, ce qui explique pourquoi de nombreuses femmes constatent un changement de silhouette sans pour autant grossir.

Cette redistribution est cliniquement importante car la graisse viscérale est métaboliquement active et constitue un facteur de risque cardiovasculaire et métabolique indépendant du poids total.


Par ailleurs, comme le rappelle l'Anses (2016), « la diminution de l'imprégnation hormonale en progestérone, puis en œstrogènes, provoque des modifications physiologiques et expose les femmes à une augmentation du risque pathologique (fractures ostéoporotiques, maladies cardiovasculaires) pouvant être en partie prévenu par une alimentation équilibrée et une activité physique régulière ». Le poids n'est donc qu'un marqueur parmi d'autres d'un risque métabolique plus global.


2. Les mécanismes en cause : lecture neuro-immuno-endocrine

L'arrêt de la fonction ovarienne et la chute de l'estradiol (E2) sont au cœur des modifications métaboliques observées à la ménopause. Leurs répercussions s'exercent à plusieurs niveaux imbriqués.


2.1. La chute des œstrogènes

Les œstrogènes (notamment de type E2) jouent un rôle régulateur sur la répartition des graisses, la sensibilité à l'insuline et l'appétit via la leptine. L'arrêt de la sécrétion au moment de la ménopause modifie le métabolisme adipocytaire. Les adipocytes abdominaux, riches en récepteurs aux androgènes, deviennent préférentiellement actifs, favorisant le stockage viscéral (Davis et al., 2012).


2.2. Dysfonction mitochondriale et expression du génome

L'estradiol joue un rôle de régulateur majeur du fonctionnement mitochondrial. En se liant à ses récepteurs dans les mitochondries, il stimule la biogenèse mitochondriale, soutient la chaîne respiratoire et réduit la production de radicaux libres. Sa chute entraîne une altération de la production d'énergie cellulaire (ATP), une augmentation du stress oxydant et des modifications épigénétiques affectant l'expression de gènes impliqués dans le métabolisme lipidique et glucidique. Cette dysfonction mitochondriale sous-jacente contribue à la fatigue chronique, à la baisse de la thermogenèse et à une moindre efficacité métabolique globale.


2.3. Redistribution des graisses et perte de masse musculaire

La carence en E2 modifie l'activité des lipoprotéines lipases et oriente le stockage adipeux vers le compartiment viscéral, au détriment du compartiment sous-cutané gynécoïde. Parallèlement, la perte progressive de masse musculaire liée à l'âge s'accélère sous l'effet de la déplétion hormonale : le tissu musculaire, principal consommateur de glucose et contributeur majeur au métabolisme de repos, diminue, abaissant mécaniquement les besoins énergétiques. Ce double phénomène — plus de graisse viscérale, moins de muscle — peut survenir à poids stable, rendant le chiffre sur la balance trompeur.


2.4. Retentissement sur la thyroïde

La chute de l'E2 impacte également le fonctionnement thyroïdien. Les œstrogènes modulaient jusqu'alors la production de TBG (thyroxine-binding globulin), la sensibilité des récepteurs thyroïdiens et l'activité des désodiases. La périménopause est ainsi une période à risque d'apparition ou d'aggravation d'une hypothyroïdie infraclinique, dont les symptômes — prise de poids, fatigue, frilosité, constipation — se superposent à ceux de la ménopause et peuvent passer inaperçus. Un bilan thyroïdien complet (TSH, T4L, T3L, anticorps) est souvent utile dans ce contexte, bien qu'il puisse sembler faussement normal.


3. Les facteurs comportementaux et environnementaux


Si la biologie crée un terrain défavorable, les facteurs de mode de vie jouent un rôle amplificateur ou protecteur déterminant.


3.1. Impact sur les comportements alimentaires

La chute de l'E2 perturbe les circuits de régulation centrale de l'appétit, notamment via la leptine et le système dopaminergique. Deux profils opposés peuvent en résulter :

–      Une alimentation hédonique : recherche accrue d'aliments palatables (sucrés, gras), en lien avec la baisse du tonus dopaminergique et des fluctuations sérotoninergiques souvent exacerbées en périménopause.

–      Une baisse des apports énergétiques totaux avec réduction des apports protéiques, par diminution de l'appétit ou par comportements restrictifs inadaptés, aggravant la sarcopénie et les carences micronutritionnelles.

Dans les deux cas, la qualité nutritionnelle se dégrade, avec des conséquences sur la composition corporelle et le risque métabolique.


Par ailleurs, la consommation d'alcool, souvent sous-estimée, contribue à l'adiposité viscérale et perturbe la qualité du sommeil.


3.2. Impact sur l'activité physique

La sédentarité s'installe souvent progressivement à la ménopause sous l'effet de plusieurs mécanismes conjugués :

–      La privation chronique de sommeil liée aux bouffées de chaleur nocturnes et aux troubles du sommeil induit une fatigue diurne importante, réduisant la motivation et les capacités physiques.

–      L'effet direct du vieillissement sur la force musculaire, la souplesse articulaire et la récupération diminue les performances et peut générer des douleurs dissuasives.


Or, l'activité physique est un régulateur puissant de la composition corporelle, de la sensibilité à l'insuline et de l'humeur. Sa réduction amplifie l'ensemble des déséquilibres métaboliques déjà engagés.


3.3. Qualité du sommeil

Un sommeil insuffisant ou fragmenté du fait par exemple des bouffées de chaleur, augmente la ghréline (hormone de la faim) et diminue la leptine (hormone de satiété), favorisant une surconsommation calorique le lendemain.


 

4. Les garde-fous nutritionnels et de mode de vie


Le régime méditerranéen : une stratégie de référence

L'adhésion au régime méditerranéen est la stratégie nutritionnelle dont le niveau de preuve est le plus solide à la ménopause. Les données disponibles montrent qu'elle est associée à une réduction du risque de prise de poids, à une amélioration des facteurs de risque cardiométaboliques (tension artérielle, profil lipidique, glycémie) et à une atténuation des symptômes de la ménopause (bouffées de chaleur, troubles de l'humeur).


Ce modèle alimentaire repose sur une abondance de végétaux (légumes, légumineuses, fruits, oléagineux), des céréales complètes à faible index glycémique, des poissons gras riches en oméga-3, de l'huile d'olive vierge extra comme corps gras principal, et une consommation limitée de viandes rouges et de produits ultra-transformés. Il répond simultanément aux besoins en fibres, en antioxydants, en micronutriments protecteurs et en acides gras anti-inflammatoires.


Maintenir des apports protéiques adéquats

Face à la diminution de la masse musculaire et à la réduction possible des apports spontanés, les protéines sont un nutriment à surveiller en priorité. Un apport de 1,2 à 1,5 g/kg/jour, réparti sur les trois repas avec une attention particulière au repas du soir et à la récupération post-effort, est recommandé pour préserver la masse musculaire et soutenir la satiété sans restriction calorique excessive.


Adapter les apports caloriques

La réduction du métabolisme de base impose un ajustement des apports énergétiques totaux, sans pour autant tomber dans une restriction sévère qui aggraverait la perte musculaire et le stress métabolique.


Soutenir la fonction thyroïdienne et mitochondriale et la santé osseuse par les micronutriments

La chute de l'E2 et son impact mitochondrial rendent certains micronutriments stratégiques :

  • Iode, sélénium et zinc : cofacteurs essentiels de la synthèse et de la conversion des hormones thyroïdiennes (T4 → T3 active).

  • Magnésium, CoQ10, vitamines B2, B3 et B5 : soutiens de la chaîne respiratoire mitochondriale.

  • Vitamine D : rôle immuno-modulateur, osseux et métabolique ; souvent déficitaire et à doser systématiquement.

  • Calcium (1 200 mg/jour) : en priorité via l'alimentation (produits laitiers, eaux riches en calcium, légumineuses).


Réhabiliter l'activité physique de façon progressive

La combinaison d'un entraînement en résistance (musculation, pilates, yoga thérapeutique) et d'une activité aérobique modérée (marche rapide, natation, vélo) est la stratégie la plus efficace pour maintenir la masse musculaire, améliorer la sensibilité à l'insuline et réduire l'adiposité viscérale (Bea et al., 2010). L'objectif n'est pas la performance mais la régularité.

Face à la fatigue diurne, l'objectif n'est pas la performance mais la régularité, en commençant par des séances courtes et progressives.


Prendre soin du sommeil et gérer le stress

Traiter les troubles du sommeil — souvent déclenchés par les bouffées de chaleur nocturnes — est un levier indirect mais majeur sur la composition corporelle et le comportement alimentaire. Des stratégies hygiéno-diététiques (gestion thermique, limitation des excitants, régularité des horaires) et des approches corps-esprit (cohérence cardiaque, méditation, yoga) peuvent réduire le cortisol chronique, ce qui diminue mécaniquement le stockage viscéral.


En résumé

•       La prise de poids à la ménopause est fréquente mais non systématique ; la redistribution abdominale des graisses est quasi universelle et s'explique par des mécanismes neuro-immuno-endocriniens complexes.

•       La chute de l'estradiol (E2) perturbe le fonctionnement mitochondrial, la thyroïde, la répartition des graisses, le comportement alimentaire et l'activité physique.

•       La ménopause expose par ailleurs à des risques pathologiques (cardiovasculaires, osseux) qui dépassent la seule question du poids.

•       Le régime méditerranéen est la stratégie alimentaire la mieux étayée pour réduire la prise de poids, améliorer les facteurs de risque cardiométaboliques et atténuer les symptômes.

•       Des apports protéiques suffisants, un soutien micronutritionnel ciblé (thyroïde, mitochondries, os) et une activité physique régulière complètent l'approche.

•       Un accompagnement nutritionnel individualisé permet de prendre en compte la composante génétique et le profil hormonal spécifique de chaque femme.

 


 


Références scientifiques

Anses (2016). Actualisation des repères du PNNS : révision des repères de consommations alimentaires pour les femmes à la ménopause.

Sternfeld B. et al. (2014). Efficacy of exercise for menopausal symptoms. Menopause, 21(4), 330-338.

Davis S.R. et al. (2012). Understanding weight gain at menopause. Climacteric, 15(5), 419-429.

Bea J.W. et al. (2010). Resistance training effects on metabolic function among postmenopausal women. Maturitas, 66(2), 149-155.

Stuenkel C.A. et al. (2015). Estrogen and mitochondrial function. J Clin Endocrinol Metab, 100(11), 3975-3988.

Mendelsohn M.E., Karas R.H. (2005). Molecular and cellular basis of cardiovascular gender differences. Science, 308(5728), 1583-1587.

Barrea L. et al. (2021). Mediterranean diet and menopause: a narrative review. Nutrients, 13(5), 1547.



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