SOPK sans résistance à l'insuline : et s'il y avait un manque d'insuline ?
- Laura de la Roche
- il y a 4 jours
- 5 min de lecture

Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) affecte 8 à 13 % des femmes en âge de procréer. Si ses manifestations sont multiples — cycles irréguliers, hyperandrogénie, hirsutisme, prise de poids, dysovulation... — une anomalie métabolique en constitue souvent le socle : la résistance à l'insuline. On considère généralement qu'environ 70% des cas de SOPK sont des profil avec résistance à l'insuline. Pour autant, un HOMA normal peut cacher un autre problème de régulation du métabolisme glucidique : l'insulinopénie fonctionnelle.
Comprendre cette notion permet d'affiner l'approche nutritionnelle et micronutritionnelle pour les femmes atteintes de SOPK, bien au-delà des seuls conseils glycémiques classiques.
Qu'est-ce que l'insulinopénie fonctionnelle ?
Définition et distinction avec l'insulinopénie absolue
L'insulinopénie désigne, au sens strict, un défaut de sécrétion d'insuline par les cellules bêta du pancréas. On distingue deux formes :
• L'insulinopénie absolue, caractéristique du diabète de type 1, implique une destruction auto-immune des cellules bêta avec effondrement de la production d'insuline.
• L'insulinopénie fonctionnelle, en revanche, désigne une insuffisance relative de la réponse insulinosécrétoire face à une demande accrue. La sécrétion n'est pas nulle, mais inadaptée au contexte métabolique.
En situation de résistance à l'insuline, les tissus périphériques répondent moins bien au signal insulinique. Le pancréas tente de compenser en sécrétant davantage d'insuline. Lorsque cette compensation devient insuffisante, on entre dans le registre de l'insulinopénie fonctionnelle : la cellule bêta est épuisée ou sous-performante, non par destruction, mais par incapacité à maintenir l'effort sécrétoire.
Les outils d'évaluation : HOMA-IR et HOMA-B
Vous connaissez sûrement l'indice HOMA qui figure parfois sur les analyses biologiques, justement lorsque l'on souhaite vérifier la présence ou non d'une insulinorésistance.
En réalité, il existe deux indices HOMA : l'HOMA-IR et le HOMA-B.
L'étude de Khalili et al. (2023), apporte un éclairage précieux sur les capacités prédictives de deux indices biologiques couramment utilisés en pratique clinique :
• Le HOMA-IR (Homeostatic Model Assessment of Insulin Resistance) : reflet de la résistance à l'insuline. Il est calculé à partir de la glycémie à jeun et de l'insulinémie à jeun selon la formule : HOMA-IR = (glycémie × insulinémie) / 22,5.
• Le HOMA-B (Homeostatic Model Assessment of Beta-cell function) : reflet de la fonction sécrétoire des cellules bêta. Il évalue la capacité du pancréas à produire de l'insuline en réponse au glucose.
Les auteurs ont démontré que ces deux indices permettent de prédire différents sous-types de diabète et de prédiabète, selon la combinaison résistance à l'insuline / défaillance sécrétoire. Cette approche diagnostique par sous-types ouvre la voie à une prise en charge bien plus personnalisée que le simple diagnostic de « prédiabète ».
SOPK et insulinopénie fonctionnelle : un lien central
La résistance à l'insuline, terrain fertile
Dans le SOPK, la résistance à l'insuline est présente chez 50 à 70 % des femmes, qu'elles soient en surpoids ou de poids normal. Elle résulte d'anomalies dans la signalisation intracellulaire de l'insuline.
Cette résistance entraîne une hyperinsulinémie compensatrice qui, au niveau ovarien, stimule la production d'androgènes (testostérone, DHEA-S) et freine la maturation folliculaire. Ce mécanisme explique une grande partie des manifestations cliniques du SOPK : hirsutisme, acné, irrégularités menstruelles, anovulation.
Quand la compensation échoue : vers l'insulinopénie fonctionnelle
Face à une résistance chronique, les cellules bêta pancréatiques maintiennent initialement une hypersécrétion compensatrice. Mais cette sursollicitation prolongée peut mener à une réduction progressive de leur capacité fonctionnelle : c'est l'insulinopénie fonctionnelle.
Dans ce contexte, la glycémie à jeun et le profil postprandial se dégradent, non pas par résistance accrue, mais par défaut de réponse pancréatique. Le HOMA-B s'abaisse alors, révélant cet épuisement fonctionnel, tandis que le HOMA-IR peut rester élevé ou se normaliser trompeusement si l'insulinémie chute.
Point clinique clé
Une femme atteinte de SOPK peut présenter un HOMA-IR élevé avec un HOMA-B encore préservé (résistance compensée), ou un tableau mixte avec HOMA-IR modéré et HOMA-B bas (épuisement fonctionnel). Ces deux profils appellent des interventions nutritionnelles différentes.
Implications nutritionnelles et micronutritionnelles : Adapter la stratégie selon le profil HOMA
Profil résistance dominante (HOMA-IR élevé, HOMA-B préservé)
L'objectif est d'améliorer la sensibilité à l'insuline et de soulager le pancréas de sa surcharge sécrétoire :
• Alimentation à index et charge glycémiques modérés, riche en fibres solubles ;
• Protéines à chaque repas pour ralentir l'absorption glucidique et favoriser la satiété ;
• Acides gras oméga-3 (EPA/DHA) pour améliorer la fluidité membranaire et la signalisation insulinique ;
• Magnésium : cofacteur de plus de 300 enzymes, il joue un rôle clé dans la sensibilité à l'insuline. Un déficit est fréquent dans le SOPK ;
• Inositol (myo-inositol et D-chiro-inositol) : médiateur du signal insulinique intracellulaire, très étudié dans le SOPK avec des résultats probants sur la régularisation des cycles et la réduction de l'hyperinsulinémie.
Profil épuisement fonctionnel (HOMA-B bas)
L'enjeu est ici de préserver et soutenir la fonction des cellules bêta :
• Réduction des agressions oxydatives pancréatiques : apport en antioxydants (vitamine C, E, zinc, sélénium, N-acétylcystéine) ;
• Vitamine D : son déficit est associé à une altération de la sécrétion insulinique et à une majoration de la résistance. Une supplémentation adaptée est souvent nécessaire ;
• Limitation des acides gras saturés en excès, qui exercent une lipotoxicité sur les cellules bêta
• Supplémentation : ginseng, L-arginine, L-citrulline selon le profil.
Le rôle de l'inflammation et du microbiote
Le SOPK est régulièrement associé à un état inflammatoire chronique de bas grade, lui-même aggravé par la mauvaise réponse glucidique. Le microbiote intestinal joue un rôle croissant dans cette équation : une dysbiose est fréquemment retrouvée, avec un appauvrissement des bactéries productrices de butyrate (Faecalibacterium prausnitzii, Bifidobacterium), ce dernier étant un régulateur clé de la sensibilité à l'insuline.
L'approche nutritionnelle doit donc intégrer un soutien du microbiote : fibres prébiotiques variées, aliments fermentés, réduction des aliments ultra-transformés pro-inflammatoires.
En résumé
L'insulinopénie fonctionnelle représente une étape évolutive dans la dégradation du métabolisme glucidique, distincte de la simple résistance à l'insuline. Dans le SOPK, identifier le profil HOMA de la patiente permet d'affiner considérablement la stratégie nutritionnelle et micronutritionnelle.
• HOMA-IR élevé → priorité à la sensibilisation à l'insuline (inositol, magnésium, oméga-3, fibres).
• HOMA-B bas → priorité à la protection et au soutien des cellules bêta (antioxydants, vitamine D, supplémentation ciblée).
• Profil mixte → approche combinée et suivi rapproché de l'évolution biologique.
La prise en charge nutritionnelle du SOPK gagne ainsi en précision lorsqu'elle s'appuie sur une lecture fine de la biologie, au-delà du simple dosage glycémique.
Référence scientifique
Khalili D, Khayamzadeh M, Kohansal K, et al. Are HOMA-IR and HOMA-B good predictors for diabetes and pre-diabetes subtypes? BMC Endocr Disord. 2023;23(1):39. doi: 10.1186/s12902-023-01291-9.
Laura de la Roche, Diététicienne - Nutritionniste à Aix-en-Provence
Deux cabinets pour vous recevoir :
Cabinet médical
24 avenue Jules Isaac
Résidence Le Salvator, bâtiment A
13100 Aix en Provence
Pôle F.A.M.E
Cabinet médical (entrée principale)
453 avenue Jean-Paul Coste
13100 Aix en Provence




Commentaires