Intestin et thyroïde : quand la digestion influence la T3
- Laura de la Roche
- 23 janv.
- 3 min de lecture

On pense souvent que les troubles thyroïdiens viennent uniquement de la glande elle-même. Pourtant, nombreux sont les patients qui présentent encore fatigue, frilosité ou difficultés de régulation du poids alors que leur TSH est « dans les normes » et que le traitement (lorsqu'il existe) est bien suivi.
Dans ces situations, la question n’est pas seulement : "Comment va la thyroïde ? ", mais aussi : "Dans quel environnement travaille-t-elle ?"
Car la production d’hormones thyroïdiennes n’est qu’une première étape. Leur activation réelle dépend de nombreux organes, et notamment, indirectement, de l’intestin.
De la T4 à la T3 : une étape clé
La thyroïde fabrique surtout de la T4, une hormone précurseur mais qui est inactive. Ainsi pour exercer ses effets (notamment énergie, moral, transit ou encore fertilité) cette T4 doit être transformée en T3, la forme active.
Cette conversion se fait grâce aux désiodases, principalement dans le foie, les reins, les muscles, le tissu adipeux ou encore le système nerveux.
Cela signifie qu’une TSH normale ne garantit pas toujours une bonne imprégnation en T3 au niveau des tissus. Le métabolisme thyroïdien est global, pas uniquement thyroïdien.
L’intestin : un partenaire discret mais essentiel
L’intestin ne convertit pas directement la T4 en T3. En revanche, il influence tout ce qui rend cette conversion possible :
l’absorption des micronutriments indispensables,
le niveau d’inflammation de bas grade,
le dialogue entre microbiote, foie et métabolisme hormonal,
le cycle entéro-hépatique.
Quand la sphère digestive est fragilisée, le terrain devient moins favorable à une utilisation optimale des hormones thyroïdiennes.
Microbiote, inflammation et orientation vers la rT3
Le microbiote intestinal dialogue en permanence avec le système immunitaire. En cas de dysbiose ou de perméabilité augmentée, on peut observer :
une hausse des cytokines inflammatoires,
un stress oxydatif plus important,
une adaptation du métabolisme énergétique.
Dans ce contexte, l’organisme peut orienter une partie de la T4 vers la rT3, forme inactive et protectrice. Ce n’est pas une erreur du corps, mais une stratégie d’économie d’énergie face à un environnement jugé défavorable.
Malabsorption : le chaînon manquant
Pour que la conversion fonctionne, certains cofacteurs sont indispensables. On retrouve ici par exemple le sélénium, le zinc ou encore le molybdène.
Un intestin irrité ou inflammé peut réduire leur absorption. Résultat : malgré une assiette équilibrée, la physiologie thyroïdienne tourne au ralenti.
Une relation dans les deux sens
La thyroïde et l’intestin s’influencent mutuellement :
l’hypothyroïdie peut ralentir le transit et modifier le microbiote,
un intestin dysfonctionnel peut, à son tour, limiter l’efficacité de la T3.
Quand se cumulent des ballonnements ou transit irrégulier, une fatigue qui ne cède pas, de la frilosité, ou encore des difficultés à stabiliser le poids, il est utile de regarder le tableau dans son ensemble plutôt que de se focaliser uniquement sur la TSH.
Ce que peut apporter l’approche nutritionnelle
L’idée n’est pas de remplacer le traitement médical, mais de soutenir le terrain pour que les hormones puissent agir correctement.
Selon chaque situation, l’accompagnement peut viser à :
apaiser l’inflammation digestive,
améliorer la tolérance alimentaire,
soutenir le microbiote de façon progressive,
optimiser les apports et surtout leur absorption,
redonner du rythme au système digestif.
À retenir
Une biologie thyroïdienne normale n’exclut pas des symptômes réels.
L’intestin influence indirectement la disponibilité de la T3.
Prendre soin de la sphère digestive peut aider à mieux comprendre les résistances au traitement.
Parce que le corps fonctionne comme un écosystème, et jamais comme des organes isolés.
Laura de la Roche, Diététicienne - Nutritionniste à Aix-en-Provence
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